La résilience (03/07/2021)

Spinoza a écrit que, contre le malheur, il faut cultiver beaucoup de pensées heureuses. C’est le sens de l’un de ces rares souvenirs que mon père racontait de sa captivité en Allemagne. Au sein de son groupe de prisonniers de guerre, ils ne manquaient pas une occasion de se raconter ce qu’ils feraient lorsqu’ils seraient libérés et de retour au pays. En plus, ils rajoutaient des histoires comiques et partaient dans de grands éclats de rire. Ce dont ils abusaient, sachant que cela agaçait et démoralisait leurs geôliers. Les passions tristes et la rumination morose sont le plus sûr moyen de sombrer. Je connais quelques personnes à qui le confinement et la menace pesante du covid a coupé les "ailes du désir". C'est un dégât collatéral à prendre en compte car ceux qui en sont victimes non seulement se privent de leur vie mais, en outre, ils privent les autres de ce qu'elle pourrait rayonner et redonner. Le ruissellement ne doit pas être un concept exclusivement hydrologique.

Le mot « résilience » est d’origine latine et a pour sens originel le fait de rebondir. 

A l’époque moderne, la résilience désigne la capacité qu’a un métal de résister aux pressions et de reprendre sa structure après avoir été déformé. Le concept s’est popularisé au cours de ces dernières années et a été largement transposé. En écologie, la résilience est la capacité d'un écosystème à se reconstituer après avoir souffert un traumatisme tel qu’une crise climatique. D’une économie on dira qu’elle est résiliente si, après avoir subi un choc, elle retrouve la voie de la croissance. En psychologie, on nomme « résilience » la capacité de vivre, de réussir, de se développer en dépit des traumatismes subis.

Le traumatisme est l’agent de la résilience. Il provoque le sursaut de l’instinct de vie, lequel engagera le processus de résilience grâce auquel nous surmonterons l’épreuve. Le concept provient de l’étude faite en 1982, à Hawaï, par une psychologue américaine, Emmy Werner. Ayant suivi dans la durée 700 enfants à l’abandon qui vivaient sans famille, dans la rue, exposés aux agressions de toute sorte, elle constata que beaucoup d’entre eux étaient devenus des adultes psychologiquement détruits, mais que 28% avaient réussi à apprendre un métier, à fonder une famille et se comportaient de manière équilibrée. Elle en conclut que certains de ces enfants avaient une capacité particulière à surmonter les traumatismes de la vie. Elle les qualifia de « résilients ».

En France, c’est Boris Cyrulnik qui a faire connaître le concept du grand public. Pour lui, la résilience est un véritable « anti-destin »: elle est la démonstration qu’un être humain n’est pas entièrement déterminé par ce qui lui arrive. Nul n’est définitivement la victime de son passé. La résilience est pour lui « ce processus complexe par lequel les blessés de la vie peuvent déjouer tous les pronostics ».

Le processus de résilience associerait deux axes :
- un axe intra-psychique, celui des capacités propres à chaque individu,
- un axe relationnel, celui des liens qu’une personne tisse avec son environnement.

Dans la perspective de Michael White et de l’approche narrative, on retrouve ces deux dimensions. Le processus de réparation intérieure comprend une révision en profondeur de l’histoire que l’on se raconte sur soi-même, et cette histoire revisitée a pour témoin de son authenticité les personnes dont on choisit de s’entourer. On détricote l’histoire dominante, enfermante, castratrice, pour re-tricoter « l’histoire préférée », et le « club de vie », la « cérémonie définitionnelle » sont là pour consolider notre identité reconstruite par l’association de l’environnement social.

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